La chasse au vilain

Pour les joueurs, pour les entraîneurs, comme pour les arbitres, le jeu au sol

est un véritable casse-tête. Décryptage.

 


SUR CHAQUE PLAQUAGE, sur chaque lutte au sol, autour du joueur plaqué et du joueur qui plaque, il y a un foyer de fautes. Entre le plaqué, qui tarde à relâcher la balle, le plaqueur qui ne doit pas essayer de se l’approprier avant de s’être remis debout, le premier joueur au soutien (offensif ou défensif), qui vient gratter le ballon, et le deuxième joueur au soutien (défensif ou offensif), qui vient former une mêlée spontanée et qui interdit dès lors à tous les joueurs la composant de jouer le ballon à la main, et ceux qui plongent dessus ou autour, c’est un vrai casse-tête.

 

Pour le premier joueur au soutien, qui a le bénéfice de l’antériorité au point de rencontre. Mais dès que le premier adversaire se présente au soutien et forme lamêlée spontanée, il ne peut plus toucher le ballon. C’est frustrant, car il a un temps d’avance, il a déjà mis la main sur le ballon.

 

Casse-tête pour l’arbitre, qui doit déterminer dans l’instant le fautif. Qui est le vilain ? Le plaqué qui n’a pas relâché assez vite le ballon, le plaqueur qui n’a pas cherché à faciliter sa libération, le premier joueur au soutien qui ne reste pas sur ses appuis, le deuxième qui plonge en venant former la mêlée spontanée, un de ces deux derniers qui essaie de gratter la balle, ou encore ceux qui plongent autour ou font écrouler la mêlée spontanée ?

 

 

Pas évident. Pourtant l’arbitre doit sanctionner. Lors des quatre premiers matches de la France dans le Tournoi, l’arbitre a sifflé au total 106 pénalités, dont 37 pour des fautes au sol (35 %). Les Français ont encaissés 57 pénalités, dont 18 pour des fautes au sol (31 %). Et face à une équipe du Pays de Galles, qui dispose de bons récupérateurs au sol, il ne faudra pas trop s’exposer. « Et là, nous sommes tributaires de l’arbitre, explique Olivier Brouzet. Et comme il n’y a pas d’uniformité sur l’arbitrage, nous devons nous adapter. On attend qu’il dise : “Ruck, ruck, ruck” (mêlée spontanée en anglais). Comme on a le réflexe d’aller le premier récupérer le ballon, alors on s’arrête car on sait que l’on va être pénalisé. C’est comme en mêlée fermée ; lorsque l’on est sanctionné deux ou trois fois, eh bien, pour éviter une pénalité, on arrête de pousser. »

 

Bernard Laporte ne peut que recommander la plus grande prudence. L’arbitre commande, il faut obéir et ne pas donner le bâton pour se faire battre : « Soit on prend très vite le ballon, soit on le lâche dès que l’on est en contact avec un adversaire. Et ce, même si l’arbitre n’a pas encore dit : “Ruck.” C’est le meilleur moyen de ne pas s’exposer à la sanction. »

 

Le signal de l’arbitre

 

Car dans le feu de l’action, avec le bruit ambiant, on peut parfois ne pas entendre l’arbitre. Il vaut donc mieux rester dans la légalité, se concentrer sur l’étayage et penser à son replacement sur le terrain.

 

« Avec le commandement de l’arbitre, “ruck”, c’est un signal fort pour nous, rajoute Serge Betsen, souvent confronté à cette situation car il plaque souvent le premier ou arrive le premier au soutien. L’idéal pour éviter la faute, c’est de défendre et plaquer à deux : le premier plaque aux jambes et fait tomber l’adversaire pour que le ballon soit plus visible et vite utilisé par le deuxième au soutien. En Championnat, on jauge les arbitres, on connaît leur façon d’arbitrer, on s’adapte plus facilement. »

 

Au niveau international, c’est plus complexe. C’est pourquoi Bernard Laporte a demandé à Joël Dumé, arbitre international, d’intervenir auprès de ses joueurs pour qu’ils prennent durablement de bonnes habitudes (voir l’infographie). «

 

Premier conseil, explique Dumé, le porteur du ballon, plaqué, doit faire l’effort de mettre le ballon à la disposition de son camp, avant d’aller au sol. S’il ne le fait pas, il a 90 pour cent de chances de le perdre ou d’être pénalisé.

 

Le plaqué, pris dans l’étau et qui a du mal à se dégager, doit s’efforcer de montrer qu’il libère le ballon. L’arbitre sera plus bienveillant. L’arbitre réagit à des flashes, à des images fugitives. Dans un match normal, c’est un film au ralenti. Dans un match international, c’est en accéléré. Le temps de réaction est plus limité.

 

Le premier joueur au soutien doit arriver avec les épaules plus hautes que le bassin. S’il veut se saisir du ballon, mais qu’il risque d’être en retard, il vaut mieux qu’il fasse du balayage pour éclaircir le soutien à un partenaire. L’arbitre tient toujours compte de l’intention du joueur.

 

Le deuxième joueur du camp adverse, qui arrive au soutien, n’a pas d’autre option que de se lier, de constituer une mêlée spontanée, de faire du balayage sur le premier arrivé avant lui et qui a cherché à attraper le ballon. » Un vrai casse-tête ! FRANCIS DELTÉRAL  


 


© L’Equipe 27 mars 2003